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Les effets de la coopération dans l’éducation. Entretien avec Sylvain Connac

Article publié le mercredi 5 avril 2017
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Sylvain Connac
Professeur des écoles en éducation prioritaire. Aujourd’hui, enseignant-chercheur en Sciences de l'Éducation au LIRDEF (équipe Didactique et Socialisation), maître de conférences à l'Université Paul Valéry

 

Les effets ne sont pas forcément positifs.

Ce n’est pas parce qu’on autorise des élèves à coopérer que les effets positifs apparaissent. Ce qui est possible sous conditions, c’est d’obtenir des classes où il n’y a plus besoin de beaucoup de différenciation pédagogique puisque cela donne une sorte de don d’ubiquité à l’enseignant-e. Ce n’est plus la seule personne ressource par rapport à l’information relative à une consigne ou à des savoirs élémentaires. Cela donne la possibilité à l’enseignant-e d’organiser des systèmes de classe où on s’occupe d’élèves qui ont besoin d’une aide plus ponctuelle et plus particulière. Ça évite d’avoir à mettre en place les dispositifs de soutien par externalisation.

Du point de vue du climat scolaire, la coopération ne pacifie pas les élèves.

Une classe où il y a de la coopération, peut vite devenir une classe où il y a du désordre.

Lorsque le cadre est posé, par exemple quand les élèves s’expriment en chuchotant ou en murmurant, on obtient un climat de classe qui est serein parce que les élèves se rencontrent. Et en se rencontrant dans des situations authentiques, ils se connaissent mieux, ils s’apprécient mieux. On le voit surtout dans les lycées pro où les élèves sont beaucoup moins en conflit les uns avec les autres et avec les enseignants. De fait, il y a moins de tensions avec les enseignants et tout le monde prend un peu plus de plaisir à se rendre à l’école, au collège ou au lycée.

Ça a des bénéfices potentiels sur tout ce qui concerne l’affirmation de la personne, la conscience d’exister, la prise d’initiative, l’engagement citoyen, responsable, le développement de l’autonomie. Le fait de pouvoir coopérer et de disposer de la coopération comme étant une stratégie de travail plus efficace que la passivité, ça peut avoir pour effet de rendre les élèves pro-actifs, pas en situation apathique, d’attente systématique. Ça participe aussi a des effets sur le développement de l’esprit critique, c’est à dire le fait de ne pas se satisfaire systématiquement de l’avis du plus fort ou de l’avis du dernier qui a parlé. Et d’essayer de remettre en cause ce qui paraît au début comme une évidence parce que ça répond à une pulsion, ça répond à une émotion.

Tout ça est loin d’être systématique.

Des moments comme les conseils coopératifs d’élèves sont fédérateurs à la condition que les conflits entre élèves ne soient pas abordés pendant ces conseils. On s’est aperçu que, lorsque c’est autorisé par les enseignants, les conseils se transforment rapidement en petits tribunaux d’enfants où ce sont malheureusement les mêmes qui sont la cible des critiques. Le conseil devient, non pas un lieu de réflexion autour des projets communs, mais un lieu où l’on communique et où l’on échange sur tout ce qui ne va pas bien dans le groupe. On obtient le contraire de ce qu’on recherche. Ce ne sont pas des évidences et, si les enseignants ne sont pas sensibilisés à ce type de précautions, assez rapidement on peut tomber sur des systèmes coopératifs qui sont très anxiogènes autant pour des enfants que pour des adultes.




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