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L’extrême droite en Europe : combien de divisions ?

Article publié le samedi 18 mai 2019
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Ce samedi a lieu un grand meeting à Milan organisé par le ministre de l’intérieur italien Matteo Salvini. Il réunit 12 partis politiques d’extrême droite et du courant national-populiste dans le cadre de la campagne des européennes. Le but recherché? Fédérer cette famille hétéroclite autour de quelques thèmes pour en faire une grande force politique au prochain Parlement européen. Alors entre union et désunion, l’extrême droite en Europe, c’est combien de divisions ?

                  

Dans un récent sondage, à la question de savoir si la constitution d’un grand groupe nationaliste autour de la Ligue de Salvini et du RN de Le Pen serait positif ou négatif, 62 % des personnes interrogées considèrent que cela serait une mauvaise nouvelle pour l’Europe. C’est pourtant l’ambition du leader italien, aidé par d’autres partis politiques d’extrême droite.

Salvini en leader européen de l’extrême droite

La montée en puissance de nouveaux partis d’extrême droite dans chaque pays de l’Union (les cas les plus récents étant en Estonie et en Espagne), tout comme l’exercice du pouvoir pour certains d’entre eux, place ce courant politique dans une dynamique ambitieuse. Matteo Salvini, le leader charismatique de la Ligue, ministre de l’intérieur en Italie (où il joue les gros bras en reprenant une gestuelle et des discours dignes de Mussolini ) se veut le maître d’œuvre de cette alliance des droites extrêmes. Ce 18 mai, il organise dans son bastion une réunion où 12 partis sont représentés*. Ce grand rendez-vous des nationalistes est incontestablement une réussite, mais on doit aussi souligner l’absence notable de la Hongrie d’Orban et des ultra-conservateurs du PiS polonais, en dépit des efforts de Salvini. L’union de tous les nationaux-populistes dans un seul groupe au Parlement européen semble en effet très difficile et il faudra attendre les semaines après le scrutin. Le parti espagnol Vox a ainsi expliqué qu'il verrait à rejoindre le groupe en fonction des résultats des élections**.

D’importantes divisions

Dans ce projet d’union, les partis qui participent au pouvoir sont en position de leaders. En Italie, mais aussi en Autriche, en Bulgarie ou plus récemment en Estonie, on trouve en effet des représentants de l’extrême droite. Leur prédominance s’illustre bien dans le cas de l’Italie qui amènera sans aucun doute le plus fort contingent de députés au nouveau parlement. Auparavant, c’était le RN qui disposait du principal groupe. En conséquence aujourd’hui, son poids en Europe est moins fort. Mais ce n’est pas la seule raison de cette perte d’influence : le RN effraie beaucoup d’éventuels partenaires, en dépit de ses efforts de « dédiabolisation ». Trop raciste, peu crédible, trop proche des lobbys russes, les raisons sont nombreuses pour expliquer une telle méfiance.
Pour construite son « Europe du bon sens », Salvini compte donc sur d’autres partenaires et il n’a pas renoncé à attirer Orban dans une alliance, d’autant que ce dernier a été suspendu du PPE pour ses outrances. C’est une des inconnues de ce scrutin et de ses suites. Mais le RN dispose encore de nombreux atouts pour attirer lui aussi des alliés, comme son expérience au Parlement européen, son corpus idéologique, ou son discours virulent. Ainsi, le parti des Vrais Finlandais ou le Parti populaire danois ont des liens forts avec l’extrême droite française. Mais la famille est toutefois soumise à des tensions, ce qui handicape le projet d’une grande alliance. Par exemple, les questions de la sortie de l’euro ou des liens avec la Russie restent en débat.

Sur quoi s’entendent-ils ?

Ce sont avant tout des forces politiques « anti-système » qui considèrent qu’il faut rénover totalement le fonctionnement de l’UE. Plus globalement, ils critiquent ce qu’il nomme « les élites » en s’affirmant proches des aspirations des peuples européens. Le rejet de l’Islam et des migrations est aussi au cœur de leur projet politique. Ils souhaitent en particulier arrêter l’arrivée des migrant.e.s et des réfugié.e.s qui passent par la Méditerranée, au mépris des droits humains. La haine de l’autre et la crainte de l’islamisation du continent sont en outre des éléments fédérateurs pour ces forces nationales-populistes. Chacun à l’intérieur de son pays et dans l’Europe, souhaite instaurer la préférence nationale en valorisant des valeurs traditionnelles. Les pratiques autoritaires sont aussi recherchées, aussi bien à la tête du pays, que dans le fonctionnement des partis politiques qui se revendiquent de ce courant. Même si la constitution d’un grand groupe unique des nationalistes semble aujourd’hui difficile, le poids de l’extrême droite au prochain parlement européen risque de fragiliser l’ensemble de l’édifice de l’Union européenne.

C’est pourquoi pour l’UNSA Éducation, le choix est clair : pas une voix pour l’extrême droite le 26 mai prochain !

*Les 12 pays représentés : Italie, France, Autriche, Allemagne, Pays-Bas, Slovaquie, République tchèque, Finlande, Estonie, Belgique, Bulgarie, Danemark.

** le parti autrichien FPO a annulé en urgence sa présence au meeting de Milan en raison d'une crise politique: le dirigeant du parti et vice-chancelier vient de démissionner à la suite d'un scandale révélant une compromission en lien avec la Russie. Nous y reviendrons dans un prochain article.

La vidéo du jour

Christèle Marchand-Lagier, maîtresse de conférence en science politique à l’université d’Avignon, a répondu à nos questions au sujet du discours de l'extrême droite sur le sujet des migrant.e.s

                   

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