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Fonction publique et détournements statistiques : d’effectifs... mensonges

Article publié le dimanche 26 avril 2015
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Avril 2015: l'INSEE annonce-t-elle que, en 2013, les effectifs dans la Fonction publique ont (légèrement) augmenté que des organes de presse, dont on sait la bienveillance légendaire vis-à-vis de celle-ci, ne manquent pas de titrer sur l'accroissement du «nombre de fonctionnaires». C'est aller un peu vite en besogne comme on le constatera en regardant les choses de plus près...

«Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire ;
c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe.»

Jean JAURÈS

Les Échos, journal économique d'inspiration marxiste bien connu, tirait: Les effectifs de la fonction publique ont de nouveau augmenté en 2013. L’Opinion (qui entend concurrencer le Monde sur sa droite) insistait: Chassez le naturel… Le nombre de fonctionnaires d’État repart à la hausse. Quant au Figaro, organe de presse stipendié par les syndicats comme chacun sait, il ajoutait sa petite musique au concert: La France compte toujours plus de fonctionnaires.

Ces titres accrocheurs des éditions du 17 avril 2015 (au moment de la sortie de la note de l'INSEE — note régulière au demeurant) illustrent à l'évidence les méfaits de la méthode globale... en matière de statistiques. Ou plutôt de la perversion que traduisent des raccourcis hâtifs.

Que dit en fait l'INSEE, que nos concertistes interprètent à leur façon?

Tout simplement que, dans les trois versants de la Fonction publique (État, Territoriale, Hospitalière), les effectifs employés ont augmenté de 1,5%. En déduire toutefois que le nombre de fonctionnaires s'est accru d'autant est un gauchissement (au sens que les physiciens donnent à ce mot, évidemment) de la réalité.

Car l'INSEE précise bien que :

En un an, les effectifs augmentent de 1,5 % après une hausse moins marquée l’année précédente (+ 0,4 %). Cette progression s’explique pour moitié par la forte augmentation du nombre des contrats aidés.

Cette hausse s'élève à 36% d'une année sur l'autre et explique pour moitié l'accroissement des effectifs. Que sont les contrats aidés? Ni des postes de fonctionnaires ni des emplois de contractuels. On y trouve les contrats uniques d'insertion qui ont succédé aux anciens contrats emploi-solidarité (CES) et contrats emploi consolidés (CEC) concernant des personnes «dont les candidatures pour occuper un emploi sont habituellement rejetées» comme le précise le site Service-public.fr. On y trouve également les emplois d'avenir, contrats d'insertion destinés aux jeunes de 16 à 25 ans non qualifiés ou faiblement qualifiés, notamment dans certaines zones en difficulté. On y trouve enfin les emplois d'avenir professeurs, ouverts à certains étudiants boursiers souhaitant se préparer aux concours de l'enseignement.

Pour la Fonction publique de l'État, l'augmentation du nombre de contrats aidés affectés dans les établissements explique pour 4,1% l'augmentation de 6% constatée dans les établissements publics (quand les effectifs des ministères et de leurs services déconcentrées diminuent de 0,3%). Hors contrats aidés, l'écart entre les «sortants» et les «entrants» de 2013 n'est plus que de 39 000 personnes.

Mais, globalement, si l'on veut voir les choses avec un peu plus de finesse (sur les trois versants), il convient de se rappeler que 2013, plus que 2012, a été la première année d'application de la «loi Sauvadet» du 12 mars 2012 (application par le précédent gouvernement du protocole d'accord Fonction publique sur les non-titulaires).

Comme l'indique Insee Première:

En 2013, le nombre de titulaires sortant de la Fonction publique s’élève à 153 000 pour 81 500 entrants. L’écart entre le solde d’entrées-sorties (- 71 500) et l’évolution du nombre de titulaires (+ 20 200) résulte notamment de la titularisation d’agents présents fin 2012 dans un autre statut : 98 000 agents sont ainsi devenus titulaires entre 2012 et 2013.

Aurait-il fallu, pour éviter une mauvaise querelle, renoncer à intégrer dans les cadres statutaires des personnels contractuels ayant œuvré plusieurs années dans le cadre du service public et astreints à un concours ou (à l'exception de la catégorie A) à un examen professionnel? On sait d'avance la réponse de l'UNSA.

L'humoriste Mark Twain, dit-on, prétendait que la statistique est l'art de faire mentir les chiffres. En l'occurrence, nous avons vécu là un exercice visant à faire mentir les statistiques — dût-on déformer, sciemment ou par ignorance, les analyses très précises que fournit l'INSEE. On ne s'en étonnera pas de ceux qui font profession de pratiquer le dénigrement anti-fonctionnaires (en franglais de cuisine: fonctionnaires bashing). Pour notre part, nous continuerons à nous battre, sans faiblir, sans renoncer, pour la vérité des faits¹.

Luc BENTZ


Liens complémentaires


¹ C'est d'ailleurs pourquoi nous avons apprécié l'exposition clichés contre clichés organisée par la Fonction publique en nous félicitant qu'enfin on combatte des affirmations aussi sommaires qu'infondées sur les métiers du service public.




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