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Donner une place pour le présent, entre passé idéalisé et progrès mythifié

Article publié le mercredi 20 septembre 2017
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Eternellement insatisfaite, notre époque à une forte et fâcheuse tendance à se mirer dans le rétroviseur d’un passé idéalisé ou à loucher sur le mythe d’un progrès à venir. Un œil en arrière, un autre en avant. Et si ce strabisme insatisfait conduisait justement à l’immobilisme ?

Nombre de discours, des plus savants aux plus populaires, portent en eux ce double mouvement de chercher un idéal ailleurs, dans un autre temps :
- « Ah, si vous étiez venu hier… », affirmait une saynète humoristique dans la Lorraine de mon enfance, regrettant l’opulence perdu
- Le slogan « vivement demain ! », vante l’idée que toute amélioration est à venir.

Deux petits livres en cette rentrée, nous mettent en garde, chacun à leur manière, sur le risque de se projeter dans ces temps idéalisés et de s’empêcher d’évoluer, de bouger, d’agir aujourd’hui.

Donnant une brève suite à sa petite Poucette, Michel Serres ne se départit pas de son humour en évoquant les grands-pères ronchons qui prétendent que C’était mieux avant. L’auteur leur répond « avant, justement j’y étais ». Et de rappeler l’absence d’hygiène, les guerres, les maladies, l’absence de diffusions culturelles, de loisirs, de moyens de communication et de possibilité de voyager, la condition des femmes et des enfants, les punitions et les châtiments dans une école à deux vitesses… Sans fausse naïveté, il propose un agréable plaidoyer pour que chacune et chacun profite des acquis d’aujourd’hui.

Le mythe moderne du progrès que publie Jacques Bouveresse, met bien en évidence ce risque. En conclusion de son court essai philosophique, évoquant « le service que la critique du progrès peut rendre aujourd’hui à la cause du progrès elle-même », il rappelle que « la croyance au progrès, quand elle prend le caractère d’un mythe, est justement ce qui nous dispense la plupart du temps d’exiger et de réaliser des progrès réels ». Et de proposer d’ « essayer de progresser effectivement, là où il est le plus important, le plus urgent de le faire. »

Faire et faire dès aujourd’hui c’est ce que propose deux autres auteurs qui rejettent cette sorte de « fin de l’histoire », revendiquent l’existences d’utopies déjà en œuvre et d’une transformation du monde à petits pas dès à présent.

S’appuyant sur des expériences connues et déjà tentées dans les domaines de l’économie et de la démocratie, Erik Olin Wright propose la conjonction de ces Utopies réelles dans un « pouvoir d’agir social ». Il envisage ainsi des « petites transformations successives qui produisent en s’additionnant un changement qualitatif au sein même du système social ».

Même rejet des grandes révolutions et des petits matins qui chantent du côté des Utopies réalistes de Rutger Bregman qui s’appuie sur les actions menées à travers le monde pour lutter contre la pauvreté et la « malédiction de l’inégalité » et qui espère rendre « l’impossible inévitable ».

Tous deux, mais n’est-ce pas aussi le cas de Michel Serres -et certainement de tous ceux qui agissent pour un développement raisonné et raisonnable, plutôt qu’un progrès non maitrisé- voient dans la crise écologique et le développement du numérique, les accélérateurs de cette transformation à mener par petites touches dès à présent.

Une réflexion que devraient méditer les décideurs politiques tant enclin à annoncer le nécessaire retour en arrière qui gomme les actes de ceux qui les ont précédés ou le formidable bon en avant que leurs actions vont permettre. Oubliant ainsi tout ce qui est réalisé, souvent sans grande publicité, au quotidien.

Nul doute, que les petits changements en cours, sur ces « utopies » réelles, réalistes et déjà en œuvre, pourraient bénéfiquement inspirer les responsables éducatifs, évitant ainsi les allers-retours permanents, les valse-hésitation, les réformes inabouties, reconnaissant l’action permanente des professionnels pour améliorer la réussite de chacune et chacun.

Une bonne manière d’agir aujourd’hui sans nostalgie pour hier ni fausses illusions pour demain.

 

Denis Adam, le 20 septembre 2017
 




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