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Crise sociétale et racisme : les deux mamelles du populisme

Article publié le lundi 19 mai 2014
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Dans le numéro de mai d’Alternatives économiques, on peut lire à quelques pages de distances deux articles qui ne sont pas mis en relation et qui pourtant le devraient, tant ils expliquent bien – à eux deux ce qui justifie la montée des populismes. L’un évoque l’analyse –toujours très actuelle de Franklin Roosevelt en 1938, l’autre rend compte du rapport annuel contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie de Commission consultative des droits de l’homme. Le premier explique pourquoi le chômage et l’insécurité peuvent briser les démocraties ; le second montre que le racisme se banalise en France.


Ainsi après avoir présenté son plan de développement économique « de crise » en trois points : maintien des dépenses sociales, augmentation des crédits, politiques de relance par des grands travaux, le président américain explique que cet investissement n’est pas uniquement une réponse économique à des besoins immédiats, mais une réponse politique pour soutenir la démocratie. « L’histoire a prouvé que les dictatures ne se développaient pas à partir de gouvernements forts et prospères, mais au contraire d’institutions affaiblies et sans défense. Si, par des moyens démocratiques les citoyens se dotent d’un gouvernement suffisamment fort pour les protéger de la peur et de la faim, la démocratie prospère. Mais si ce dernier échoue, l’impatience du peuple  grandit. Le seul rempart contre les menaces pesant sur la liberté réside par conséquent dans un gouvernement suffisamment fort pour protéger les intérêts du peuple, et dans un peuple suffisamment fort et informé pour maintenir son contrôle et sa souveraineté sur ce gouvernement. »


Or un peuple fort et informé n’est-ce pas là le point faible si l’on considère que seuls 39% des Français déclarent « ne pas être raciste du tout », ce qui correspond à une diminution de 15 points en 4 ans. Plus grave, 79% trouvent qu’il y a trop d’étrangers en France soit 27 point de plus qu’en 2009. Si des populations sont davantage discriminées comme les Roms (82% des sondés les considèrent comme un groupe à part, + 13 points par rapport à 2009), les gens du voyage ((82%, + 13 points), les musulmans (56%, + 12 points), les Maghrébins (46%, + 13 points), les Asiatiques (41%, + 12 points), les juifs (31%, + 2 points) ou les Noirs (23%, + 5 points), se sont toutes les minorités qui sont atteinte par ce recul de 12 points de l’indice global de tolérance. Pour les chercheurs de sciences po qui ont participé à ce rapport, la période cumule « tous les facteurs favorables » à l’intolérance : crise économique, libération et médiatisation de la parole raciste… Et le magazine de conclure, après avoir cité les autres discriminations liées au sexe au handicap…, que « le racisme et les comportements individuels  ne sauraient tout expliquer. Les discriminations sont aussi le fruit du fonctionnement de nos institutions et de notre société. »


Ne serait-ce pas ce qu’affirmait Roosevelt lorsqu’il affirmait : « Nous […] savons que nos institutions démocratiques peuvent être préservées. Mais leur sauvegarde nécessite que nous agissions ensemble pour affronter hardiment les problèmes de la nation, et que nous fassions la preuve en acte que le maintien d’un gouvernement démocratique est aussi important que la mission de garantir la sécurité du peuple. » ?


À méditer alors que les citoyens de 28 pays vont élire les institutions de l’Union européenne et que la peur de l’autre pourrait bien prévaloir, dans leur choix, sur l’ambition d’une Europe démocratique et sociale pour tous et chacun.




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