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Attentats : en parler pour dépasser la peur

Article publié le mercredi 27 juillet 2016
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Bien entendu, nous souhaitons tous que les attentats cessent.

Pour autant, nous savons que le risque que d’autres actes fous et criminels viennent endeuiller l’été.

Chacun s’y prépare, y pense, le redoute et tente de mettre des mots sur l’indicible et l’incompréhensible folie meurtrière des terroristes.

Face à ces actes barbares et odieux, les enfants et les jeunes sont souvent démunis. Depuis l’attentat de Nice, ils peuvent être d’autant plus traumatisés qu’ils savent dorénavant qu’ils peuvent également faire partie des victimes. Leur âge et leur innocence ne les protègent pas de ceux qui ne respectent ni n’aiment la vie.

En période scolaire, la nation s’appuie majoritairement sur l’Ecole pour permettre aux élèves de s’exprimer, se questionner, dire leur peine, leur colère, leur solidarité, leur peur… Les enseignants et les personnels éducatifs des écoles et établissements scolaires sont alors mobilisés pour proposer ces temps de recueillement, de réflexion, de débat… La démarche n’a rien d’évidente. Elle nécessite d’être pensée et accompagnée. Les cafouillages après les attentats de janvier 2015 auront aidés à en prendre conscience et à y remédier. On ne peut certes pas se réjouir des leçons tirées d’un drame, surtout lorsqu’il est suivi d’autres, mais on peut pour le moins saluer les efforts qui ont été faits pour permettre, au moins mal, l’aide et le soutien indispensables dans ces périodes dramatiques.

Durant les vacances scolaires, le traumatisme lié aux attentats est tout aussi présent et prégnant, mais l’Ecole ne peut être mobilisée. Les enfants et les jeunes se retrouvent confrontés à eux-mêmes et à leurs angoisses, sans forcément savoir avec qui les partager, avec qui en parler.

Le ministère en charge de la jeunesse et des sports a communiqué auprès de l’ensemble des structures d’accueil de loisirs et de vacances quelques principes généraux pour accompagner les enfants. Parmi lesquels :

• Être à l’écoute. Inviter d’abord l’enfant à s’exprimer pour ne pas dire plus que nécessaire. si vous vous livrez à un moment d’échange en groupe, veillez à ce que la parole de chacun soit respectée. Vous-mêmes, intervenez le moins possible.
• Protéger tant que possible les enfants des images, ne pas tenir de propos morbides.
• Ne pas édulcorer la réalité mais ne pas rentrer dans les détails.
• Ne pas avoir peur d’exprimer des émotions. Les enfants ne comprendraient pas qu’un événement aussi choquant soit discuté sans émotion.
• Adapter les discussions à l’âge de l’enfant
• Présenter sobrement mais sans détour les événements. Rappeler ce que les autorités ont fait pour sécuriser la population et terminer sur une note de solidarité.

Ces conseils, à compléter par les éléments mis à disposition par le Ministère de l’Education nationale ou par les cahiers pédagogiques (par exemple), sont indispensables à tout éducateur. Qu’ils soient diffusés à tous les professionnels en charge cet été de l’accueil d’enfants et de jeunes est tout à fait utile et pertinent.

Ils devraient également être mis à disposition des parents. Pas seulement des parents qui feront la démarche d’aller chercher de l’aide et des supports pour parler des drames avec leurs enfants, mais de tous les parents, de toutes les familles.

Cela devrait être la mission de l’Etat dans son rôle de protection des mineurs d’accompagner les parents… Etrange que nous recevions toutes et tous -et de manière de plus en plus personnalisée- nos déclaration d’impôts, nous expliquant ce que l’Etat fait de l’argent ainsi récolté, mais que dans une période si troublée, aucun courrier ne vienne soutenir les familles, inscrire la solidarité dans une démarche collective et proposer des aides indispensables. Etonnant que les élus si prompts en période électorale à remplir nos boites aux lettres de leur propagande, n’aient pas jugé utile d’écrire à ceux qu’ils représentent pour leur apporter un soutien qui serait bienvenu.

Certes, l’époque veut que la communication soit davantage audiovisuelle et numérique que papier. La mission d’aide et d’accompagnement pourrait alors revenir aux médias et prioritairement aux média de service public… Force est de constater qu’on en est loin. Nombreux sont les parents qui ont fait la douloureuse expérience de devoir éloigner en catastrophe leurs enfants du poste de radio ou de l’écran de télévision afin qu’ils ne soient pas confrontés au choc des images, à la violence des mots.

Oui, il faut parler des attentats avec les enfants et les jeunes.

Mais pas n’importe comment. Cette parole doit être accompagnée. Ce n’est qu’ainsi qu’elle permettra  de dépasser les peurs.

 

Denis ADAM, le 27 juillet 2016
 




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